Twitter et moi, entre dépendance et distanciation.

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Ça fait maintenant quelques temps que je réfléchis à la relation que j’entretiens avec les réseaux sociaux, et principalement avec Twitter. Je me sens toute bizarre de venir vous parler sur le blog de quelque chose d’aussi personnel et d’aussi éloigné des sujets que je traite actuellement. J’avais ce brouillon mis de côté depuis un petit moment déjà, j’avais juste peur de le publier, peur de ce que vous alliez penser de moi en le lisant. Je me dis cependant que certain-es peuvent s’y retrouver, et c’est ce qui me motive à le publier aujourd’hui. Depuis ma première année de prépa (il y a donc maintenant 4 ans), Twitter fait partie intégrante de ma vie, et je dois dire que mon rapport à ce réseau social a considérablement évolué.

Au début, Twitter c’était un moyen de ne plus me sentir seule, de ne pas faire face seule aux années post-bac. Si, lors de ma première année de prépa, je n’en ai pas réellement eu besoin, en khâgne, c’est devenu une réelle bouée de sauvetage. La plupart de mes amies proches étaient parties, je ne me sentais pas du tout à l’aise dans cette classe, et je crois que mon copain de l’époque avait du mal à concevoir que je sois angoissée pour « si peu ». J’ai donc trouvé en Twitter un moyen de me rassurer, d’extérioriser parfois ce mal-être, et de trouver des gens dans la même situation que moi. L’année de khâgne étant une année à concours, j’ai également formé un petit groupe avec certain-es, et ça me faisait chaud au cœur de voir que nous galérions ensemble. Ce n’est pourtant que lors de l’année de ma khûbe (j’étais alors en bac+3) que j’ai commencé à tisser des liens réels avec des personnes de Twitter. Avec la fin des concours, j’ai décidé de rencontrer certaines de ces personnes, et j’ai pu vérifier que notre entente n’était pas que virtuelle. Aujourd’hui, je continue de rencontrer des gens, mais mon rapport à ce réseau social a totalement évolué.

Je crois que pendant un temps, j’avais un énorme besoin d’exister et de reconnaissance, et Twitter me semblait alors le meilleur moyen pour cela. J’avais besoin qu’on me trouve drôle, qu’on ait envie de me connaître, et dans un sens, qu’on me valide en tant que personne. Avec du recul, je me rends compte que j’étais très superficielle, et que je voulais simplement plaire. Lorsque mon copain de l’époque m’a quittée, j’ai eu besoin qu’on me confirme que je n’étais pas une personne sans intérêt, et au lieu de prendre le temps de digérer cette rupture et de me reconstruire seule, loin de tout, j’ai remplacé ma dépendance amoureuse par une dépendance à Twitter. Cette dépendance « twitteresque » a eu un impact réel sur ma vie (et sur la perception que j’avais de moi), puisque ce qui se déroulait sur Twitter, avait des conséquences sur ma vie. Si je me disputais avec quelqu’un, je le vivais extrêmement mal, et j’avais l’impression d’être une personne horrible, et que je méritais, effectivement, que l’on me le rappelle. Je me suis également jetée à corps perdu dans des relations à sens unique qui m’ont laissée en miettes à la sortie. Je ne pense pas que ce soit la faute des gens avec lesquels j’entretenais ces relations (amicales), mais plutôt la conséquence d’un état d’esprit que je possédais alors. J’avais besoin qu’on s’occupe de moi, et je donnais énormément de moi-même (parfois même m’oubliant totalement), en pensant que le retour était « logique ». Aujourd’hui, je sais qu’on ne peut exiger des gens qu’ils vous donnent quelque chose dont ils ne sont pas capables, et que parfois, il est mieux, pour les deux personnes, de mettre fin à cette relation, puisqu’elle fait plus de mal que de bien.

Pendant un moment, j’avais également l’impression qu’exister sur Twitter, c’était aller mal. Je me rends compte de la stupidité de cette déclaration, mais il me semble que si je dois parler de mon rapport à Twitter, je dois le faire en toute honnêteté. Cette idée de l’existence (et surtout de sa reconnaissance par autrui) comme souffrance remonte, en fait, au lycée. J’ai mis beaucoup de temps à me défaire de l’idée que ce ne sont pas nos maux qui nous définissent et nous rendent intéressant-es aux yeux des autres (oui, je sais, c’est incroyable de penser de cette manière, mais que voulez-vous…). En dehors de ma rupture, je n’ai jamais rien vécu de réellement douloureux (ou alors, des choses bien trop personnelles et intimes pour les exposer sur internet), et je me suis donc mis dans la tête que mes peines n’étaient pas légitimes, et que je ne devais pas les afficher. Par conséquent, je me suis mise à tout intérioriser, à tout garder en moi, et à totalement m’oublier. Cette intériorisation a atteint un tel point, que cette année, en racontant à mon copain ou à mes proches pourquoi je me sentais mal, je me sentais obligée d’ajouter un « oui, enfin, c’est pas grave, hein ». Je ne pense pas souffrir énormément, et d’ailleurs je ne m’amuse pas (ou plus) à comparer ma peine à celle des autres, mais comme tout le monde, j’ai parfois des gros moments de tristesse et d’égarement.

Cette année, mon rapport à Twitter a totalement changé. Pendant un temps, j’ai continué à chercher une forme de reconnaissance et d’attention, mais suite à plusieurs disputes (parfois légitimes, parfois un peu moins), j’ai décidé de prendre un peu de recul. J’en étais arrivée à un point où je pleurais chez moi de me sentir invisible, ou alors de me prendre des remarques extrêmement méchantes d’inconnu-es. C’est avec l’ouverture de ce blog, et surtout en parlant avec des proches que je me suis rendue compte que je laissais trop de place à Twitter dans ma vie. Au lieu d’avoir un rapport sain avec ce réseau, j’en faisais un moyen d’être reconnue, et bien entendu, ça ne pouvait pas découler sur quelque chose de positif. Aujourd’hui, je pense avoir retrouvé un rapport assez sain avec Twitter : il ne s’agit plus pour moi que d’un réseau qui me permet de parler de choses heureuses et simples de ma vie, de communiquer avec quelques personnes et de commenter des matches en direct (bon, ça c’est totalement accessoire, mais voilà). Je suis passée d’une utilisation de Twitter marquée par une certaine colère et agressivité (l’impression de n’être rien devenait une vraie rage sourde), à une utilisation plus distante, plus apaisée.

J’ai conscience que cet article est très négatif, mais, il me semble que ma relation avec Twitter a été plus marquée par des heurts que par des jolis instants. J’ai rencontré des gens absolument géniaux, je continue de découvrir des personnes fascinantes, mais je ne m’investis plus autant. Aujourd’hui, je ne veux plus exposer mes chagrins intimes, je ne veux plus donner à Twitter une telle influence sur ma vie. Pour les choses vraiment déplaisantes du quotidien (les disputes avec ma famille, les soucis amoureux, les angoisses scolaires, les moments de profond abattement), je préfère me tourner vers mes proches, et ne pas tout dévoiler à tout le monde. Je crois que ce que j’ai appris cette année c’est que j’ai besoin d’un jardin secret pour être en harmonie avec moi-même. Je ne veux plus rien dire sur moi, ou du moins, je ne veux rien dire sur moi à des gens que je ne connais pas ou très peu. J’ai besoin d’avoir en face de moi (virtuellement ou non) des gens prêts à s’investir de la même manière que moi.

Cet article vous donne peut-être l’impression que je suis devenue complètement réfractaire à toute nouvelle relation découlant d’une rencontre sur Twitter : ce n’est pas le cas. J’essaye juste de me préserver et de me protéger, et de m’investir en fonction de la personne que j’ai en face de moi. Ça peut sembler très égoïste, mais après avoir autant souffert (car, oui, c’était de la réelle souffrance, même si cela semble superficiel), j’ai décidé de penser à moi et de faire attention à mon petit cœur tout fragile.

Prenez soin de vous, plein d’amour.

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6 réflexions sur “Twitter et moi, entre dépendance et distanciation.

  1. Coucou Blanche ! Je ne viens pas te donner quelque chose de très constructive, mais merci d’avoir écrit cet article. J’avais l’impression d’être toute seule à avoir vécu ça. Depuis la troisième j’ai vécu la relation « moi – twitter » que tu décris. La fin du collège, les débuts du lycée, c’est là où on se cherche, où on comprend pas tout. Twitter était là, les gens de twitter aussi, ils m’écoutaient ( je m’en suis rendue compte plus tard ; à moitié ) , je le faisais aussi ( avec tout mon coeur ) . Sauf qu’à tout prendre trop à coeur, on craque. Toute l’année de seconde a été une année horrible, je ne vivais plus que dans twitter, je disparaissais du « vrai monde ». Et cette année, j’en ai eu assez, assez d’être prise pour une idiote, je suis partie. Quelques mois après j’ai recréer un compte secret, plus du tout dans la même optique. Je crois que ça a un peu tout changer et je savais pas forcément comment mettre des mots sur ça alors merci pour ton article ça m’a vraiment fait du bien.

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    1. Bonjour Margaux 🙂
      Merci beaucoup de ton très gentil commentaire, je suis vraiment très heureuse de savoir que tu as aimé cet article, et je suis très touchée d’avoir pu mettre des mots sur quelque chose que tu éprouvais.
      Je suis également heureuse de savoir que tu as une relation un peu plus sereine avec Twitter qu’avant !
      Merci encore de ton passage 🙂

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  2. Coucou la belle !

    Je suis ravie de lire cet article et l’évolution de ta relation à Twitter. J’ai l’impression de m’y retrouver et en même temps pas du tout.

    Je suis arrivée sur Twitter par mon blog, histoire de suivre les copains et les copines. Au final j’y suis resté alors même que j’ai arrêté de bloguer. J’aime cette plateforme et j’aime la petite communauté qu’on semble former tous ensemble mais d’un autre côté je ne m’y suis jamais vraiment investie : je passe par là, je rigole, j’écris un petit truc débile mais au fond j’ai toujours trouvé que la plateforme ne permettait que la superficialité. C’est normal, en 140 caractères on ne peut développer que des formules lapidaires, des critiques peu nuancées et donner une image de soi très superficielle. Si j’ai parfois eu des pointes de jalousie face à tous ceux qui formaient de vraies et profondes relations via twitter, je n’arrive pas à me contenter de la connaissance virtuelle de quelqu’un. J’ai toujours l’impression que chacun se met plus ou moins en scène comme je me mets plus ou moins en scène et que tout n’est qu’apparence. Et même le passage en IRL m’a un peu dérangé à chaque fois, cette impression de malaise et de bizarrerie quand tu connais parfois les pires difficultés et les sentiments profonds de certains alors que tu ne connais pas même le nombre de frères et sœurs ou leurs études (parfois)
    .
    Du coup, je n’ai pas le sentiment d’avoir été un jour trop investie dedans, je suis là, je passe et je repars sans vraiment considérer que c’est essentiel à ma vie. En même temps, être sur Twitter me permet chaque jour d’en apprendre un peu plus, de découvrir de nouvelles choses et surtout de rire énormément, je me suis attachée à vous et à l’image que chacun donne de soi.

    Bref, lire ton article me fait réfléchir moi-même à ma relation à Twitter et puis j’ai plaisir à voir ta position réflexive. Il me semble en effet que chacun devrait parfois se poser vraiment la question de ce qu’il cherche et fait par internet.

    Des bisous !!

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    1. Merci beaucoup pour ton long commentaire ! Ça me fait plaisir de voir qu’on a tous une relation différente à ce réseau social, et que, bien heureusement, tout le monde n’est pas aussi dépendant que je l’ai été !
      Merci beaucoup ❤

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  3. Oh mais comment j’ai fait pour louper cet article ?!

    Je t’avoue que j’ai du mal à comprendre ta relation avec Twitter car c’est un réseau sur lequel j’ai du mal à trouver une place ! Je dirai même que, même si j’y suis de temps en temps, c’est un réseau qui me fait « peur » du sens où j’ai l’impression que les gens se sentent invincibles dessus. J’ai toujours peur de dire un petit mot de travers et que « tout le monde » vienne me sauter dessus…

    Mais bref, je trouve que ce que tu ressens peut très bien s’appliquer à d’autres réseaux sociaux. Il m’a poussée à m’interroger sur le rapport que j’ai avec mon blog. C’était également une « bouée de sauvetage » au début. Je me suis beaucoup reconnue dans ta phrase « ce ne sont pas nos maux qui nous définissent et nous rendent intéressant-es aux yeux des autres ». J’ai également pensé comme ça pendant longtemps et j’ai aussi eu beaucoup de mal à trouver ma limite et un équilibre dans ce que j’écrivais… C’est facile de se perdre… Je pense être un petit peu dépendante de mon blog mais j’arrive tout de même à prendre un peu de recul. Je l’espère en tout cas…

    Quoi qu’il en soit, c’est une belle réflexion. Je suis contente de lire que tu as réussi à nouer une relation plus saine avec ce réseau social.
    En tout cas ça n’a peut-être rien à voir mais ta bienveillance est adorable ❤

    Bisouuus

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    1. Merci de ton gentil commentaire, je comprends tout à fait que tu trouves ma relation à twitter étrange 😉
      Je crois que l’on trouve tous notre bouée de sauvetage en quelque chose… Le plus important c’est surtout de ne pas devenir trop dépendant-e !
      Encore une fois, merci de tes gentils mots, ça me touche beaucoup ❤

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