Histoire de la violence – Édouard Louis

Capture d’écran 2016-01-25 à 13.03.01Aujourd’hui, je reviens pour vous parler d’un livre que je n’ai pas aimé, mais qui continue de me rendre totalement dubitative et perplexe. Je suis quasi-sûre que je ne l’ai pas aimé, qu’il m’a dérangé, mais je ne peux pas ne pas vous en parler, parce qu’il m’a marquée, et j’avais besoin de poser des mots sur mon ressenti de lecture. Je tiens tout de suite à vous prévenir que dans cet article, la question du viol sera plus ou moins abordée. En effet, Histoire de la violence est un récit de plus de 200 pages, qui tourne autour d’un épisode traumatisant vécu par le narrateur, à savoir son viol. Comme je veux absolument vous parler de ce roman, je vais être obligée de parler de viol (mais pas de façon graphique, le mot risque seulement d’apparaître à plusieurs reprises), faites donc bien attention à vous si c’est quelque chose qui vous met très mal à l’aise.

Histoire de la violence est le deuxième livre d’Édouard Louis que je lis, et je dois reconnaître que comme pour En finir avec Eddy Bellegueule, je suis complètement perdue face à ce roman. Je vous résume rapidement l’histoire : le narrateur est victime d’un viol, il retrace dans le roman l’histoire de ce viol, en nous présentant sa vie avant et après cet épisode traumatisant. Il cherche également à expliquer son viol, à montrer des signes avant-coureurs (autant dans tout ce qui a mené à ce viol, que dans l’histoire de son violeur). Le roman se présente comme un récit polyphonique : l’histoire du viol n’est pas prise en charge entièrement par le narrateur, mais par sa sœur. Le narrateur interrompt à plusieurs reprises sa sœur pour ajouter des détails, des informations, ou pour rectifier ce qui a été dit. Mais il intervient également (et c’est ce qui est présenté en caractères italiques) pour se parler à lui même. On trouve ainsi dans ce roman un « je », un « il » et un « tu », ce qui crée une certaine confusion au début. Histoire de la violence se présente comme un récit autobiographique, puisque l’on retrouve le même narrateur que dans En finir avec Eddy Bellegueule, ainsi que sa sœur.

Je vous avoue tout de suite que je n’ai pas cherché à vérifier si c’était vraiment quelque chose que Édouard Louis avait vécu. J’ai retrouvé en lisant ce roman le même style froid, brutal et violent que j’avais découvert dans En finir avec Eddy Bellegueule. C’est une prose qui, personnellement, ne me plaît pas du tout, mais si son écriture ne me plaît pas, ce n’est pas parce qu’elle est pauvre, ou mal exécutée, au contraire, Édouard Louis a un style, une patte, il sait définitivement bien écrire.

Ce qui continue de me gêner avec Édouard Louis, c’est le regard qu’il porte sur sa famille, et sur ses proches : je le trouve parfois très méprisant, et assez méchant. Pour mieux vous expliquer, lorsque sa sœur prend en charge le récit, il la fait parler avec un langage extrêmement simpliste, chargé de marqueurs sociaux, et c’est très gênant, parce qu’on ressent le mépris qu’il éprouve à l’égard de sa sœur, et plus généralement à l’égard du milieu social dont il provient. Je crois également qu’Édouard Louis a cherché à faire de la sociologie dans son récit (c’est particulièrement significatif lorsqu’il évoque l’histoire de Reda – qui est son violeur -, de son père migrant et de ses difficultés économiques, de la violence comme seul moyen pour survivre), mais ça ne prend pas. J’ai trouvé ça caricatural, grossier et superficiel. À vouloir raconter autant de choses en si peu de pages (puisqu’au final, 240 pages, cela ne fait pas de ce roman un roman fleuve), je pense qu’il s’est perdu, ou qu’il n’a plus qu’effleurer des problèmes, ce qui donne du coup ce côté un peu grossier et simpliste aux explications sociologiques.

De plus, ce roman est très dérangeant, il nous parle d’un épisode traumatisant, d’une extrême violence, en nous le faisant voir au plus près, tout en opérant un phénomène de mise à distance, de recul, comme s’il y avait une vitre de verre entre l’événement raconté et le récit. C’est extrêmement perturbant, parce que si le narrateur évoque des crises d’angoisse, des moments de dépression, le style reste très froid, et met tout cela à distance, l’émotion du narrateur ne nous atteint pas, ce qui met le lecteur dans une position très délicate. Pendant toute la lecture, je me suis sentie otage du récit, j’avais l’impression que le narrateur attendait de moi que je me place à la fois dans une position de témoin et dans une position de juge, ce qui m’a beaucoup gênée. Je ne me suis pas du tout attachée au narrateur, et j’ai été heureuse de l’abandonner une fois le livre fini. Je trouve que c’est une lecture qui blesse, plus qu’elle n’enrichit.

Néanmoins, cette lecture été intéressante, elle m’a en effet permis de m’assurer que je n’aimais vraiment pas Édouard Louis, non pas parce qu’il écrit mal, ou parce qu’il est dénué de style, mais parce que son écriture violente, brutale, et froide me gêne énormément, et ne me touche pas, elle me fait mal, et me met extrêmement mal à l’aise. Je suis assez curieuse de savoir ce que d’autres personnes ont pensé de cette lecture, si jamais vous l’avez lu, n’hésitez pas à me faire part de votre ressenti. Ce qui est sûr de mon côté, c’est que je ne risque pas de lire un autre livre d’Édouard Louis de sitôt.

histoire-violence-edouard-louisTitre : Histoire de la violence
Nom de l’auteur-e : Édouard Louis
Éditeur : Éditions du Seuil
Nombre de pages : 240 pages
Prix : 18€
Date de parution : janvier 2016
(clique sur l’image pour accéder au site de l’éditeur, et avoir plus d’infos)
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4 réflexions sur “Histoire de la violence – Édouard Louis

  1. Bonjour Blanche,

    tout d’abord, c’est très chouette de te lire, je te suis sur Twitter mais j’ose pas trop m’incruster dans tes mentions, c’est mon côté timide.

    J’ai commencé Histoire de la violence ce matin justement, j’ai terminé En finir… samedi. Je comprends tout à fait ce qui peut mettre mal à l’aise dans ce qu’il écrit, ayant moi-même bloqué dès les premières pages du premier livre, quand il parle de ce que son père inflige aux chatons.

    En lisant les récits d’Edouard Louis, la première réaction est de se dire « Il invente c’est pas possible », « Il ment », « Il force le trait ». Moi je crois à ce qu’il écrit et, surtout, je comprends cette rancœur qu’il nourrit envers sa famille.
    Je viens d’un milieu similaire, ouvrier, pauvre, pas éduqué. On a été deux à s’en sortir, et encore : mon père et moi. Crois-le ou non – et E.L. le dit à plusieurs reprises dans son premier livre – mais le fait d’avoir fait de « hautes études » (bac+2 pour moi -!- et doctorat pour mon père) nous a fait passer pour des sales snobs et nous a attiré énormément d’hostilité dans notre famille. J’ai le souvenir d’avoir pris un certain nombre de remarques de la part de ma mère à cause de ça, parce que je faisais des études universitaires. J’avais choisi le camp de mon père plutôt que le sien, j’étais une sociale-traître. Et bien sûr, je n’ai jamais été « intégrée » dans des milieux plus intellectuels que le mien, n’ayant pas terminé mes études à cause d’une dépression.
    Et quand bien même, pour avoir bossé avec des élus, c’est très compliqué de faire partie de ce milieu qui se veut le dessus du panier. Je pense qu’Edouard Louis s’en rendra compte, si ce n’est pas déjà le cas. La violence de classe en France, le système de caste en Inde… c’est du pareil au même.
    (Tu constateras qu’une ébauche d’études universitaires n’empêche pas de sortir des platitudes ! Comme si, quelque part, on retournait toujours d’où l’on vient)

    Bref, toute cette intro complètement confuse pour expliquer son besoin de fuite n’est pas forcément lié à un « racisme de classe » contrairement à ce qui semble en ressortir. Je pense surtout qu’il a été complètement traumatisé par son début de vie, après tout ce qu’il a vécu n’est rien d’autre que de la maltraitance et je conçois totalement qu’il puisse rejeter ses origines de manière aussi violente. Ensuite, une technique pour rendre son discours plus solide, c’est de le faire passer pour une étude sociologique comme tu le dis. Ça fait plus sérieux que si c’était une autobiographie pour gros voyeurs du style « Moi, Trucmuche, fille-mère, prostituée et cul-de-jatte ». On ne le saura jamais, ne serait-ce que parce qu’une partie du récit a pu être romancée. Mais pour conclure sur ce premier livre, je le trouve tout à fait crédible et réaliste, parce que j’y ai retrouvé beaucoup du quotidien de mon enfance dans ma ‘famille Groseille’.

    J’ai moins de recul sur Histoire de la violence que je viens seulement de commencer, et que je trouve bien plus difficile d’accès. Edouard Louis a besoin de parler de son traumatisme, il n’e sait pas quoi en faire, c’est complètement transparent. Pour le coup, je ne vais pas m’étendre puisque je n’ai pas terminé le livre.

    Juste pour rebondir sur une de tes phrases : « De plus, ce roman est très dérangeant, il nous parle d’un épisode traumatisant, d’une extrême violence, en nous le faisant voir au plus près, tout en opérant un phénomène de mise à distance, de recul, comme s’il y avait une vitre de verre entre l’événement raconté et le récit. »
    C’est, à mon avis, un phénomène de dissociation. C’est quelque chose qui arrive aux victime d’agressions, et qui leur permet de « décrocher », une sorte de pilote automatique. C’est ce qui fait que, par exemple, une personne pourra te raconter son trauma sans verser une larme, comme si elle racontait un film ou un rêve, alors qu’elle ne pourra plus mettre un pied hors de chez elle.

    Voilà, désolée d’avoir été longue et probablement pas très structurée 🙂

    A bientôt !

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    1. Merci pour ton commentaire, c’est vraiment très intéressant. Ce qui m’avait vraiment gênée avec E. Louis, c’est que bon nombre de ses connaissances de l’époque avaient dit qu’il avait vraiment forcé le trait, je crois me souvenir que ses parents (ou des membres de sa famille) avaient été assez blessés de l’image qu’il donnait d’eux, puisqu’elle était erronée.

      Cependant, même si je n’aime vraiment pas ses livres, je suis obligée de reconnaître qu’il a une écriture, un style. C’est juste quelque chose qui ne me touche pas, et qui me gêne … En tout cas, merci, c’est très intéressant d’avoir un autre retour que le mien sur cet auteur, merci d’avoir pris le temps de m’écrire !

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  2. Bonjour à toi,
    Je dois dire que je voulais lire ce bouquin, ayant adoré son premier. Mais la dureté du propos me chagrinait également. Alors après avoir lu ta jolie critique, je suis toujours autant indécise au propos de ce livre ! Contrairement à toi son écriture sèche ne me dérange absolument pas, alors je me dis qu’il en vaut peut être le coup quand même. Ne serait ce que pour la beauté de ses mots.

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    1. Si tu as moyen de l’emprunter en bibliothèque ou médiathèque, je te conseille de le lire, ne serait-ce que pour l’expérience !
      Merci pour ton petit commentaire (qui me fait plaisir de bon mation), je te souhaite une très bonne journée 🙂

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